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La Tour de la Molière
 
 
" La Liberté du vendredi 29 août 1975"
Reportage de Gérard Perisset

Il y a quelques semaines, la foudre s'abattait sur la Tour de la Molière, à Murist, endommageant sérieusement la flèche qui la surmonte. Lors des travaux de réfection entrepris par M. Guy Maître, ferblantier-appareilleur à Estavayer, que nous remercions de sa bienveillance, on découvrit dans le poinçon (boule) situé à l'extrémité de cette pointe deux documents placés en 1917 et 1929 par des maîtres d'Etat affairés à l'époque en ces lieux. Le premier porte l'en-tête de Philibert Gagnaux, carrier à Murist, né en 1860, le second celui de Marius Bise, entreprise de bâtiments à Murist également, né en 1890.

" A ceux qui auront le bonheur d'enlever et retenir la flèche de la Tour de la Molière, les soussignés laissent comme souvenir de l'époque de guerre que nous traversons la notice suivante.

" C'est ainsi que débute le message daté du 1er août 1917.
- Des prix exorbitants -
" Nous traversons actuellement, disent les signataires de la missive, une grande crise provoquée par la guerre mondiale. Aussi les denrées sont-elles à un prix exorbitant".
Commençons par le froment qui se payait 82fr. les 100kg. et la farine 80fr. la quantité semblable. La ménagère qui effectuait ses achats devait certes prendre garde à ne point dépasser son budget. Qu'on juge plutôt : un kilo de pain 70ct., un kilo de lard 6fr., le litre de lait de 28 à 30ct., le litre d'huile ou le kilo de graisse 4 fr., le litre de vin entre 1fr.80 et 2fr., la douzaine d'œufs de 3fr. à 3fr.50 et le kilo de sucre de 1fr. à 1fr.10. Pourtant, chaque consommateur n'a droit qu'à une ration mensuelle de 500 grammes. Maigre consolation : L'année 1917 voit une forte récolte de cerises. Toutes les autres récoltes, foin, céréales et pommes de terre, sont séquestrées par la Confédération.
Deux encore sur le prix des cigares qui se vendent de 5 à 10ct. le bout alors que le tabac ne coûte que 30ct. les 80 grammes, avant de passer au bétail. Un cheval se paie de 1800 à 300fr. un bœuf de 1500 à 2500fr., une vache de 1000 à 1800fr., une brebis de 100 à 180fr. et un porc gras 3fr.80 le kilo poids vif.
- 60ct. à l'heure -
La journée de paysan se paie de 3 à 5fr. nourriture comprise, celle d'un manœuvre carrier ne dépasse 5fr. pour 11h. de travail quotidien. A l'heure, un maçon encaisse entre 80ct. et 1fr. à 10ct près mais en plus que le charpentier. En 1917, un habillement s'achetait entre 80 et 100fr. une paire de souliers entre 30 et 35fr, et le stère de bois valait une trentaine de francs.
"Chez nous, poursuit le document, tous les hommes sont sous les drapeaux de 6 à 7 mois par année, aussi désirons-nous vivement voir la fin de cette calamité". Suivent les noms de Marius Bise, Louise Bise, son épouse, Philibert Gagnaux, Jules Curty et Gustave Thorimbert, de la batterie 18, en congé, à marier le plus tôt possible, car il a déjà ce qu'il faut".

 Et en 1929
Sur papier à entête "Entreprise de Bâtiments Marius  BISE - MURIST - Tél. 51.2Murist le 27 juillet 1929Le 1er août de cette année va subir une révolution communiste  dans toutes les grandes villes suisses; principalement à Bâle, Zurich, Berne et Fribourg. A Fribourg, d'après ce que l'on dit, les communistes vont s'emparer de l'Arsenal, de la Banque d'Etat et de l'Hôtel de Ville, ainsi que de l'usine électrique d'Hauterive, laquelle a été chagée de plusieurs cartouches de dynamite ces jours passés, par deux individus, lesquels ont été attrapés et enfermés.Mais tout ceci n'est que bouffonnerie et un épouvantail lancé au peuple par notre gouvernement.
Rien  de ceci ne se passera malgré la mise sur piquet de nos troupes cantonales.A part ça rien de nouveau sous le soleil.Lorsque je vous écrivais ma première notice le 1er août 1917 je ne me doutais pas de la retrouver moi-même 12 ans plus tard; je la joint donc à celle-ci.La guerre a passé depuis lors ainsi que bien des choses aussi.; mais la vie n'est pas moins amère, surtout pour les petits paysans et l'artisan; car il y a trop d'argent caché et d'or qui dort (soustrait à l'impôt).Moi qui vous écris, je vous dis adieu et non au revoir, car je quitte Murist et Montborget, mon pays natal, pour aller chercher ailleurs s'il y a mieux (je l'espère).
Je quitte avec ma famille composée de  Marius 1890 - Louise 1891 - Charles 1911 (mon père) - Yvonne 1913 - Henri 1914 - Jules 1917 -  Gabrielle 1921. Pour tous adieux.  Marius Bise.  
PS. Comme en 1917 forte année de cerises et autres fruits.
 

Original de la lettre de mon grand-père:
1ère partie - 2ème partie