Gazette de Lausanne du 09.12.1966

Voici quelques extraits de ce document où l’on parle de La Coudre et de l’histoire de la région.
Avant-propos
Quatre siècles d’existence, soit environ seize générations qui se sont succédé depuis le 3 novembre 1583, date mémorable où la petite communauté du village fut définitivement constituée en personnalité juridique sous l’appellation : « Confrérie de La Couldraz ». L’histoire du hameau et de ses premiers habitants est bien antérieure au XVIe siècle. La configuration du pays et le hasard nous ont gratifiés de documents d’une ancienneté remarquable pour un si petit coin de terre, chaque époque importante se trouvant représentée.
La Coudre et ses origines
Au temps lointain où les premiers hommes dispersés dans les forêts naissantes et rabougries du Plateau vaudois (forêt en allemand. Wald, waldensis, Vaud) commençaient à édifier leurs huttes primitives et à défricher le sol, deux éléments importants ont certainement joué dans le choix des tout premiers habitants pour l’implantation du hameau : la présence d’eau dans un endroit dégagé et ensoleillé et l’attrait que constitue la chaîne du Jura le passage du Mollendruz, percée vers l’ouest et la France par la Vallée de Joux.
Les récentes découvertes au Rocher de la Baumette (silex. os calcinés, pointes de flèches) attestent l’ancienneté de ce passage. Actuellement, nous savons que vers 8000 av. J.C - soit 2000 ans environ après la fonte des derniers glaciers - cet abri fut occupé par des chasseurs-cueilleurs qui déjà cuisaient leurs aliments dans des vases de terre grossière et taillaient de fines pointes de flèches dans du silex.
Cette période assez longue fut suivie du néolithique, temps des premières cultures et des premiers animaux domestiques, vers 3000-
3500 av. J.C. Dans le matériel du site recueilli en 1982 figure une lame finement retouchée de quartz transparent, ce qui oblige à penser que des groupes ou familles de chasseurs avaient là fait étape, probablement en belle saison, après avoir eu des contacts et fait peut-être du troc avec des éléments de populations de la région des Alpes.
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Lame et pointes de flèches
du Rocher de la Baumettes. |
Age du bronze
Perfectionnant de plus en plus leur outillage et leurs techniques, élevant, près de leurs demeures, les premiers animaux domestiques dans des parcs primitifs et procédant déjà aux premières cultures de céréales, les populations préhistoriques en vinrent tout naturellement à découvrir les qualités irremplaçables du métal, et en tout premier du bronze.
Alliage coulé dans des creusets de pierre et résultat de très longs cheminements à travers l’Europe où il se transmettait par troc (le cuivre venait de Chypre, l’étain de la Baltique ou de l’Angleterre) le bronze vint apporter aux haches, aux armes, aux parures et aux récipients une solidité que ni la terre cuite ni la pierre ne pouvaient égaler.
Deux objets de bronze trouvés dans la région évoquent l’activité de fondeurs, sans doute à La Coudre même :
- un lingot de bronze trouvé au hameau vers 1880 (vestige d’une installation de fondeur ?)
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Un poignard trouvé sur le terrain du château de L’Isle. |
Des Helvètes à La Coudre
En 1975, un garçonnet de six ans, observateur et curieux, trouve dans un jardin du hameau un minuscule morceaux de métal grisâtre et aplati. A l’identification, ce morceau s’avère être un bel exemple des toutes premières monnaies ayant circulé dans notre canton : une pièce gauloise, frappée par les Helvètes et dite helvetii du 1er siècle av. J.C. Discrètement mais logiquement elle témoigne d’un certain trafic à l’âge du fer dans le hameau qui, probablement, venait de prendre naissance au flanc du Jura, sous la forme de quelques modestes masures en bois et en pierres.
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Monnaie gauloise de 1er siècle av. J.C.
trouvée à La Coudre par Laurent Freymond.
Motif : tête de femme et cheval |
Rome contrôle les routes
La chance a permis que l’époque suivante, la domination romaine, nous ait également transmis un document sous la forme d’une très belle pièce en bronze de l’empereur Trajan. 1er siècle après J.C., et très bien conservée. Cette pièce fut également trouvée dans un jardin. Les Romains organisent le pays, tracent des routes dont le chemin Magnin qui longeait tout le pied du Jura, aménagent le route du Mollendruz qui passera à La Coudre jusqu’en 1872, et par l’intermédiaire du latin et des noisetiers donnent au hameau son nom actuel.
Corylus avellana après quelques déformations va donner :
Couldra
La Couldraz, au XIIIe siècle
La Couldre, 1564
La Coudre.
Avellana se retrouvera plus tard dans notre patois vaudois avec alognes, qui veut dire noisettes.
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Situation de La Coudre par rapport aux principales
voies de communication à l'époque romaine. |
Moyen Age
En 260 après J.C. commence l’effritement de l ‘Empire romain. Les villes et les villages de l’Helvétie romaine sont dévastés, les habitants fuient et se réfugient sur les hauteurs. Châtel-sur -Montricher fut occupé à cette époque. Qu’en fut-il du hameau de La Coudre ? nous n’en savons rien. Tout au plus peut-on imaginer qu’entre l’an 500 et l’an 1200 de modestes cultivateurs et bûcherons de réinstallèrent en demandant assistance aux seigneurs de la région. Nous retrouvons leurs traces dans les plus vieux documents de nos archives en tant que sujets des Seigneurs de La Sarraz et de Grandson, vers 1230.
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Fondation de la Confrérie du hameau. |
La vie du temps passé
Il ne suffit pas dans ce mémoire, de rappeler ce qui a permis à notre hameau de naître, de se développer et de durer. Il est bon de s’arrêter aussi quelques instants sur les événements petits et grands qui ont marqué la vie de nos ancêtres à différentes époques. Si certains événements importants ont laissé trace dans les registres, d’autres se sont transmis d’une génération à une autre, sont entrés peut-être dans la légende, ayant gagné en pittoresque ce qu’ils ont perdus en authenticité ; mais tout empreints d’âme et de mystère, ils sont l’expression même de la vie qui a jalonné les siècles. Il est frappant de découvrir combien la lutte pour vivre et survivre a été âpre, les conditions matérielles étant bien différentes d’aujourd’hui, sans aucune sécurité sociale.
Les enfants des pauvres familles devaient très tôt gagner leur vie comme bergers du commun. Parfois en plus de leur modeste salaire, les communiers leur donnaient une paire de souliers ou le logement de leur mère dans une chambre au-dessus du pressoir. En 1725, le Conseil décide d’accorder à la veuve et aux enfants de Joseph Cloux un coin de terre avec buissons au bas de la Moille Bainvin où ils pourront faire un jardin pendant neuf ans pour un florin, en considération de leurs bons services de bergers pendant plusieurs années.
Pour remplacer une coutume abandonnée en 1702 qui donnait aux bergers le pain du dimanche et celui des saintes communions, on donne à la place onze quarterons de messel. Les enfants placés ne jouissaient pas des mêmes droits que les autres et ne pouvaient pas participer à la course d’école.
En 1736, une pauvre famille est délogée par le créancier qui réalise le gage d’une maisonnette composée d’une chambre, la moitié d’une grange et cholards, un coin d’étable, le tout taxé 200 florins. L’année suivante, Jean-Pierre Cloux qui revient des pays étrangers avec le titre de médecin-chirurgien, rachète la maison natale pour y installer de nouveau son frère et sa famille.
La maigre récolte de l’année 1749 obligea les communiers à emprunter 49 quarterons de froment au bailli de Romainmôtier. On demande aussi à la noble et généreuse Dame de L’Isle de donner deux quarterons de messel et deux d’orge au berger pour lui permettre de subsister.
La dîme due au Château de L’Isle était importante. Il fallait fournir à chaque Saint-Martin dix-sept sacs de messel et dix-sept sacs de mècle (sac compté à huit quarterons. Mesure de Morges) plus deux quarterons de bonne paille dont trois gerbes devaient peser le quintal. Le tout rendu au Château de L’Isle. En outre, on devait auSeigneur de L’Isle des charrois de bois depuis Chardèvaz et des courses à Rolle.
La pauvreté et la misère existaient encore il y a soixante ans, et on peut évoquer la mémoire du père Rod qui habitait la petite chaumière de la Reverollaz avec sa compagne Jenny. Ils ne possédaient qu’une paire de chaussure pour les deux ; pas possible de venir ensemble au village. C’est au ruisseau de Rosset qu’ils allaient se ravitailler en eau et faire la lessive.
Mècle : du patois mècllia = mêler (a donné méclette) mélange de céréales, froment et seigle.
Messel : en patois, mèssèlyi = fermier, messelier. Produit de la ferme, mélange de céréales où le seigle domine.
Sorcellerie à La Coudre
L’histoire de la sorcière mit en émoi les habitants du hameau. En l’an de grâce 1660, elle fut accusée d’avoir fait boire un potage de sa fabrication aux membres de sa famille qui furent malades et hors de leurs sens. Même le linge du berceau du bébé fut en partie brûlé. Cette pauvre femme, dite Nicolarde Gollie, veuve d’un Michel Cloux de La Coudre fut envoyée devant le tribunal de LL.EE. de Berne. Elle eut beau nier, toutes les commères de l’endroit vinrent déposer contre elle, chacune avait vu ceci ou cela et, pour couronner le tout, on mit la pauvre à la question avec un caillou de cinquante livres aux pieds. Comment ne pas avouer et dire tout ce qu’on veut nous faire dire en ces moments ? Bien qu’innocente et victime de querelles de famille et de racontars locaux, après un procès qui dura trois mois, elle fut jugée à L’Isle. LL.EE. s’étaient réservées le droit du dernier supplice. Il est à présumer que Nicolarde Gollie fut brûlée vive aux portes de Cossonay, châtiment réservé à ceux qui étaient accusés de sorcellerie.
Quelques mots encore sur le sort des filles qui se trouvaient enceintes (engrossies, comme on le disait en ce temps là). Non seulement elles étaient mises au ban de la société, mais encore punies ; elles devaient entretenir souvent seules leur enfant et dans quelles conditions, après avoir passé en justice. L’une d’elles fut condamnée à être exposée au carcan pendant deux heures et à subir vingt jours de prison.
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Un esprit guerrier
Pendant la guerre de Willemergen en 1656, un contingent de soldats fait la campagne. Le régent était du nombre et il fallut le remplacer pour les prières quand il était à la guerre d’Allemagne. La Coudre dut payer les années suivantes la contribution levée par les Bernois pour régler les frais de la campagne.
A cette époque les hommes étaient astreints aux exercices des armes à L’Isle et ailleurs, ce qui ne fut pas sans inconvénients. Aussi, Pierre Court, commis d’exercice, fait des démarches pour avoir la permission d’exercer à La Coudre. Le contingent est assez important pour faire l’achat d’un tambour en 1665, commandé à Claude Margot. Le tambour réparé l’année suivante le fut dans les règles de l’art, puisqu’il dura jusqu’en 1676. En 1712, les soldats se rassemblent à Montricher et partent pour la deuxième campagne de Willemergen. Ils ont vu là-bas la noble figure de Davel. Onze ans plus tard, en mars 1723, en montant la garde à La Coudre autour d’un demi-pot d’eau-de-vie, le soir de l’alarme de Lausanne, on évoqua les souvenirs en parlant du grand héros Davel (1670-1723).
Vers 1740, un enfant du village, Jacob Gruaz, tombe au champ d’honneur au service du roi de France dans la compagnie du capitaine de Chandieu, au Régiment de May des gardes suisses. Sa dernière pensée est pour son village lointain ; par testament, il lègue à la Confrérie une pièce de terre en Câlon.
Professions
Anciennement, les agriculteurs étaient en nombre. On a compté jusqu'à vingt-sept porteurs de lait à La Coudre. C’est pour cela que lorsque l’eau fut mise sous pression en 1897, le premier robinet fut installé à la laiterie. Six ans plus tard, en 1903, la lumière électrique vint remplacer les lampes à pétrole. Quelques artisans exerçaient leur activité au village : menuisier, charpentier, boulanger, ouvriers, bûcherons, épiciers (il y avait deux épiceries au début du siècle), tisserands et sertisseurs.
Parmi les métiers pratiqués autrefois dans nos forêts, il est certain que des verriers ont exercé leur art dans les forêts au-dessus de La Coudre et de Mont-la-Ville. Des morceaux de verre ont été retrouvés et des textes d’archives mentionnent, en 1609, certains démêlés entre des verriers français et les autorités de Mont-la-Ville.
Nombreuses sont également les terrasses de forme circulaire qui subsistent en pleine forêt dans le vallon de la Chargeaulaz et les pentes de Châtel. Beaucoup de ces plate formes aménagées par les charbonniers pour édifier leurs meules datent du XIXe siècle, époque où la demande de charbon de bois pour les forges de Vallorbe était importante. En 1875, elles en consommaient encore annuellement 6500m3. Des pans de forêts entiers tombèrent sous la hache de ces charbonniers. Leur repeuplement était long et difficile. Cette façon de procéder par coupes rases appauvrissant sol et paysage, avait déjà été abolie par LL.EE.
La vraie dimension de la vie
A travers les difficultés et les tribulations de la vie, les souffrances physiques et morales qu’il fallut surmonter au prix de combien de sueur, de peine, d’indicible volonté, nos ancêtres, selon les coutumes de leur époque, ont voulu constituer une personnalité collective bien soudée. Par le partage du même pain, cuit par la chaleur du même feu, sortant du même four, ils ont été heureux. Tout remplis de foi et d’espérance, ils ont puisé leur force et leur courage au-dessus de la terre qui les portait.
Dès 1126, quand fut fondé le monastère de l ‘Abbaye de Joux, ils ont été marqués par les religieux du couvent, lesquels, vêtus de leur longue robe blanche, apportaient le message de l ‘Evangile dans une grande partie du Pays de Vaud. Plus tard La Coudre, comme Mont-la-Ville, fut rattachée à la cure de Cornens (Cuarnens) et le curé se devait de célébrer plusieurs services religieux, dans nos villages, jusqu'à quatre par semaine.
Dès le réforme apportée par les Bernois, La Coudre dépend de la cure de L’Isle. En 1626, il est fait mention du pasteur de Beausobre qui fonctionnait comme arbitre avec le châtelain de L’Isle pour défendre les droits de la Confrérie.
Le régent a joué un rôle important dans la vie religieuse du village, devant assurer régulièrement des prières ; si pour cela on le faisait boire une fois l’an, il en était de même pour le ministre qui venait faire les interrogats le jour de Noël. Le pasteur buvait-il plus que le régent ? D’après les comptes, la dépense était au double et dès 1698, le Conseil n’admet plus une telle dépense.
Comme de nos jours, la coutume était de recevoir ses hôtes en leur offrant un verre (ou plusieurs). La première fois que le pasteur Pache monta à La Coudre, le gouverneur lui fit les honneurs aux frais de la communauté. Comme salaire, La Coudre devait au pasteur de L’Isle un char de bois par année.
En 1746, après, avoir été vingt-deux ans dans la paroisse, le pasteur Tissot venu faire ses adieux au village reçoit un livre en témoignage de reconnaissance.
Le ministre Gozel, en 1703, vint voir dans toutes les maisons dans quel état on se gouverne et si tout le monde est fourni en livres.
En 1888, à la demande du hameau, le Grand Conseil, par décret, rattache La Coudre à la paroisse de Mont-la-Ville, décision qui devient effective le 1er janvier 1889.
Politique et administration au cours des âges
Si on ne peut préciser d’une façon exacte les origines de La Coudre, on sait que le village existait déjà au XIIe siècle, même s’il n’y avait que quelques maisons. Le premier document conservé dans les archives date de 1230.D’après les originaux recopiés dans une Grosse en 1790 par le notaire Sterky de Morges, il ressort qu’en 1230, les frères Humbert, nobles abbés du couvent du Lac de Joux reconnaissent à vie et à juridiction en faveur de Noble Ebal, seigneur de La Sarraz et Grandson, la totalité du territoire sur lequel sont située Mont-la-Ville et La Coudre. Cette reconnaissance fut renouvelée en 1240 et 1331 par les abbés du dit couvent en faveur des successeurs d’Ebal.
Une deuxième période de la vie politique commence le 24 avril 1344, année où François, seigneur de La Sarraz vend ses terres à Louis de Savoie, seigneur du Pays de Vaud. Etait comprise dans cette vente la Vallée de Joux, mais certains droits sont réservés au Baron de La Sarraz et à ses gens pour la pêche au lac de Joux, pâture et bochérage.
En 1357, au même titre que Villars.Bozon, La Coudre est rattachée à la seigneurie de L’Isle. Les deux communautés de Mont-la-Ville et La Coudre continuent à jouir de leurs propriétés communes et les relations avec L’Isle se réduisent à fort peu de choses. Ce n’est qu’en 1564 qu’elles apparaissent à l’occasion d’un procès que La Coudre, conjointement avec Mont.la-Ville, a à défendre contre les tenanciers du Mollendruz. Ceux de L’Isle s’étaient portés garants pour ceux de La Coudre. En 1681, on travaille avec ceux de L’Isle pour la construction d’un puits à La Coudre.
Depuis une date qu’on ne peut préciser, les trois communautés de L’Isle, Villars-Bozon et La Coudre nommaient un gouverneur (syndic) pour la commune générale qui était pris alternativement dans les trois villages. Une sentence arbitrale du 6 novembre 1602 tranche des difficultés en stipulant que les bourgeois de L’Isle qui iraient habiter La Coudre seraient reçus dans la Confrérie au même taux que ceux du village. Cette sentence resta en vigueur jusqu’en 1888, date dès laquelle les non-bourgeois furent autorisés à faire partie du Conseil général. Malgré le droit que donnait le prononcé de 1602, seuls un Guignard en 1793 et un Clément en 1803 quittèrent les rives de la Venoge pour se rapprocher des sapins.
Dans les rapports entre L’Isle et la Coudre il y eut au cours des ans quelques frictions.
Relevons au passage qu’en 1875. La Municipalité de L’Isle demande à La Coudre une participation financière aux frais de réfection du chemin de la Reverollaz. Après plusieurs séances et par gain de paix, le Conseil général tranche l’affaire en accordant une subvention de cinquante francs.
En 1878, la Municipalité s’oppose à réviser la pompe à incendie de La Coudre à moins que le hameau consente à faire inscrire en grosses lettres sur l’un des côtés de la pompe, Commune de L’Isle, ce que le Conseil de Régie refuse.
Il est utile de donner un coup d’œil sur l’organisation et l’administration de la Confrérie de La Coudre. Au début, à chaque Saint-Michel, les communiers réunis en Conseil nommaient leur gouverneur auquel était adjoint un conseiller discret. Habituellement le gouverneur devenait conseiller de son successeur l’année suivante ; il remplissait aussi les fonctions de boursier, mais les deux charges furent séparées avec le nouveau régime de 1798. Dès 1734, chacun à son tour doit remplir la fonction de gouverneur et ceux qui seront incapables devront donner sept florins et six soles. Dès 1698, le Conseil se réunissait tous les samedis au soleil levant ; la séance commençait au second coup de cloche.Il a déjà été fait mention de la longue période vécue sous la domination bernoise dès 1536 qui fut une époque de soumission mais aussi d’évolution. Depuis la Révolution française, les Bernois, sentant venir l’orage, multiplient les ordres de police et font armer les soldats. En 1792, onze soldats partent sur l’ordre de LL.EE. On fabrique des cartouches au village ; Jean-Louis Cloux fournit le papier, le plomb et la poudre pour les faire. Malgré toutes ces mesures, le régime s’effondre en 1798 et l’arbre de la liberté est aussi planté à La Coudre par les garçons du village.
Après l’Indépendance, le canton et les communes s’organisent et jouissent d’une autonomie qui exige une nouvelle prise de responsabilités de la part des citoyens.
A maintes reprises, L’Isle recherche la fusion des trois communautés et de leurs biens. Face à cette insistance, La Coudre confie ses intérêts à un jeune avocat, Louis Ruchonnet, qui plus tard fut Président de la Confédération. A la suite de son intervention, le Conseil d’Etat reconnaît les droits du hameau de La Coudre et confirme que, comme les communes, il est sous l’autorité immédiate du Conseil d’Etat. Cette décision est transmise le 10 février 1868 aux autorités de La Coudre par l’intermédiaire du Préfet L.Guerry de Cossonay.
En 1889 Villars-Bozon fusionne avec L’Isle et lui remet tous ces biens, La Coudre, plus tenace, refuse cette fusion et conserve son indépendance partielle sous le statut qu’on lui connaît aujourd’hui encore. Seul le vocabulaire a changé ; l’exécutif appelé autrefois Conseil de Régie est désigné maintenant sous le titre : Conseil administratif.
En 1966, les armoiries du hameau sont adoptées sur la base d’un projet présenté par un enfant du village, Jean-Luc Rochat. M. André Devenoge, dessinateur héraldique, établit la maquette définitive, approuvée ensuite par le Conseil d’Etat.
Il y a cent ans exactement, en 1883, le Conseil général dont seuls les bourgeois pouvaient faire partie, comptait trente-trois membres : un Gruaz, cinq Baudat, cinq Jousson et ving-deux Cloux.
A relever qu’à l’heure actuelle des rapports de bon voisinage existent avec L’Isle, malgré, de temps à autre, quelques petits accrochages. La séparation des pouvoirs est bien comprise, les charges bien définies et une étroite collaboration dans différents secteurs est nécessaire pour le bien général et le développement heureux de la commune.
Ce qu’on raconte encore de nos jours
Le dernier tisserand du village, Albert Cloux dit Cabé était installé dans la vieille boutique de la maison qui appartient maintenant à Michel Freymond. Dans ses vieux jours, Cabé habitait la maison actuellement à Albert Guignard. Un jour il lui arriva une mésaventure alors qu’il soignait son cochon ; celui-ci sortit et se sauva au lieu dit Les Chambres. Le pauvre Cabé criait par le village. Cette sale bête de cochon, il m’a passé entre les jambes et il a foutu le camp aux « Chambres ». Des hommes lui prêtèrent main-forte, mais en vain. Après plusieurs jours de chasse, on porta à manger au cochon dans une auge près du bois et quand, affamé, il s’approcha pour manger, on le prit au lasso et on le rendit à son propriétaire.
Pour éviter une nouvelle escapade, le lendemain, la pauvre bête passait de vie à trépas.
Pour mettre un peu de variété dans la routine du village, on pratiquait la chasse au loup. En 1753-1757, on paie des primes généralement d’un florin par animal tué et rapporté au village, sans parler d’un demi-pot de vin accordé à chaque chasseur.
Jean Cloux, menuisier, vers 1810-1820, voit, en descendant de Châtel, fuir devant lui un loup qui sortait d’une cavité rocheuse. Il s’arrête, regarde dans la grotte et y découvre trois louveteaux qu’il ramasse, met dans son sac et descend à La Coudre. Il les revendit ou les donna à un homme de Morges dont on a perdu la trace.
Le dernier loup aurait été tué le 6 juillet 1832 dans les forêts du Pont, par Félix Rochat du dit lieu.
A la même époque, il y avait aussi des ours. Les habitants de la ferme des Chargeaux les entendaient la nuit, lorsqu’ils venaient manger le grain dans le champ d’avoine ou de blé.
Au début du XIXe siècle, on put voir le dernier ours pendu à l’abattoir de Mont.la-Ville.
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Pour des raisons de proximité et de possessions indivises, il semble que La Coudre aurait dû être rattachée à Mont.la.Ville. Si les Caudrons étaient reconnus comme étant très indépendants, à Mont-la-Ville on a donné en son temps l’explication suivante :
Lors ce que le diable tenta notre Seigneur sur la montagne, il lui aurait tenu ce langage : " Je te donne tous les pays du monde, excepté le petit village de La Coudre, au pied des bois. Je tiens à le garder parce que c’est un héritage de ma grand-mère. "
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